éducation, famille, société, temoignage

Témoignage 2 : Morgane, Kévin et leur troupe

Parce que chaque famille est différente, parce que chaque parent est particulier, parce que chaque enfant est exceptionnel. Parce que tous les choix et les modes de vie sont possibles, je vous partage ceux des autres à travers des témoignages.

Aujourd’hui c’est Morgane et Kévin qui ont bien voulu répondre à mes quelques questions, de chez eux et avec leurs 3 bambins autour de nous. Merci à eux de leur partage.

Bonjour à vous, pouvez-vous vous présenter ?

M : Je m’appelle Morgane, j’ai tout juste 30 ans. Je suis actuellement en reconversion pro, j’ai quitté mon cdi temps plein le mois dernier et je crée mon activité de monitrice de portage avec des projets autour de la parentalité et la périnatalité. On habite une maison en métropole, dans un quartier pavillonnaire, proche des parcs et des commodités pour fonctionner à pieds, c’est agréable et calme.

K : Je suis Kévin, j’aurais 35 ans le mois prochain. Je suis coordinateur pédagogique d’une école de musique traditionnelle, musicien dans plusieurs groupes (dont Kendirvi) et prof de bombarde, biniou, clarinette de manière trad (sans partitions). Le tout cumulé me fait environ un temps plein mais avec beaucoup de soir et de week-end (fest-noz, festival, concert…). En gros, je ne travaille que 2 journées par semaine et tout le reste je le consacre à nos enfants : Envael qui a 5 ans, Lilwenn 2 ans et Azenor 1 an. J’ai rencontré Morgane en Bagad, elle jouait de la bombarde et j’étais son prof.

Comment imaginiez-vous votre vie d’adulte avant de vous rencontrer ?

M : Avant de connaitre Kévin, je ne m’imaginais certainement pas avec 3 enfants à 30 ans, même si étant fille unique j’en voulais plus d’un. Surtout que je sortais beaucoup, j’aimais les festivals et les concerts, je me voyais rester dans un rythme sans trop d’horaires ni de contraintes. Je me préparais à bosser en bibliothèque ou librairie, j’étais en lettres modernes, mais pas auto-entrepreneur en tout cas, je ne m’en serais pas sentie capable. Je me voyais plutôt bosser la journée et sortir tous les soirs.

K : Quand j’étais petit je voulais devenir journaliste sportif, je suis passionné par le foot et je m’étais renseigné et préparé pour faire mes études là-dedans. Mais à 13 ans j’ai commencé la musique et j’ai eu un vrai coup de cœur, en plus j’ai eu une ascension fulgurante parce qu’à 15 ans je suis devenu chef de bagad, au bout de 2 ans de pratique. Donc j’ai commencé à donner des cours dès 15 ans, ma vocation était toute tracée et je n’ai pas eu la même adolescence que Morgane, je suis tout de suite devenu adulte à 14-15 ans en gérant des adultes dans mes cours. Quand je suis arrivé à Rennes à mes 18 ans, on m’a demandé pour donner des cours donc la question ne s’est même pas posée : j’ai fait fac de musique, la totale pour devenir prof de musique. Mais musicien ça veut aussi dire faire beaucoup la fête, donc même si je m’imaginais avoir des enfants, je ne voyais pas la vie que j’ai maintenant, les priorités ne sont plus du tout les mêmes. A l’époque les priorités étaient très musicales.

Quels parents vous vouliez être, avant de le devenir ?

K : plus jeune je voulais être un parent plutôt cool avec mes enfants, un peu comme l’était mon père à une période. Quand Morgane était enceinte j’avais toujours cette envie mais aussi de conserver mes loisirs, d’être un parent présent mais qui puisse quand même faire ses concerts, ses à-côtés.

M : avant de le devenir, j’ai toujours eu en tête une phrase de ma mère : « s’il y a bien une chose qui ne sert à rien dans l’éducation c’est la fessée », du coup c’est une chose qui m’a suivie toute mon enfance et ça m’a nourri, là-dessus je ne me posais pas de questions, je savais que je n’en aurais pas besoin. Quand j’ai été enceinte, j’ai ressenti le besoin de faire des recherches, de lire pour comprendre ce qui se passait dans mon corps, dans ma tête, de ce qui se passait autour de cette arrivée d’un bébé. La question qui est arrivée vite après le prénom c’est « dans quelle école on va le mettre », on y pense quasi in-utéro ! Pour moi, au-delà de la norme, mettre mes enfants à l’école faisait partie de ce qui était nécessaire à la vie d’un enfant, ne serait-ce que pour voir d’autres enfants.

Et maintenant, quels parents êtes-vous ?

K : La vision est différente maintenant, c’est-à-dire que la priorité principale c’est les enfants et la famille devant la musique. J’essaie d’être le cool que je voulais être, mais avec 3 enfants de moins de 6 ans à des moments c’est difficile, on perd facilement ses nerfs. On en discute avec Morgane, on essaye de trouver des solutions pour être le moins répressif possible, pour moi en tout cas parce que Morgane arrive très bien à le faire. Par moment j’ai du mal, notamment quand je suis tout seul avec eux, ce qui arrive souvent. On est issu tous les deux de familles traditionnelles, et on a choisi de faire tout le contraire, que ce soit l’allaitement, le portage, pas de télé, l’instruction en famille (IEF), etc. On a été contre les principes et le regard de nos familles, ce sont des choses qui ont été difficile à accepter pour eux et à transmettre pour nous. 

M : Une fois que j’ai eu Envael, j’ai commencé le cheminement vers une éducation un peu alternative. Tout ce que j’avais imaginé a été balayé d’un revers de la main, tout a changé parce qu’on ne s’imagine déjà pas ce que l’arrivée d’un enfant peut créer chez nous en termes de psychologie et de physique aussi. L’arrivée de ce bébé a été une tornade pas possible et j’ai ressenti encore ce besoin de comprendre, de partager, de rencontrer des gens qui m’ont aidé à cheminer vers la parentalité qui est la nôtre aujourd’hui. Un mot qui me tient à cœur c’est l’équi-dignité, la dignité égale entre tous les membres de la famille, on partage un lieu de vie, un moment ensemble et on essaye de se respecter tous, que l’on ait 1 an ou 35. Chaque avis compte autant que les autres. Je m’efforce de leur faire sentir que j’ai une réelle considération pour eux et qu’il n’y a pas de barrière entre nous. Je pense que j’y arrive aussi parce que j’ai fait des formations, des stages d’approche empathique, de communication non violente. Ces temps d’échanges avec des professionnels de la question ça aide énormément à faire évoluer sa pensée, son cheminement. Une fois que l’on sait que l’être humain est constitué pour contribuer au bien-être des autres, on ne peut plus voir l’enfant comme un tyran ou un profiteur, et ça change tout.

M : Aucun de nous n’a été allaité mais on pratique l’allaitement jusqu’au sevrage naturel. On fait aussi la diversification menée par l’enfant (DME). J’ai remarqué que l’alimentation touche à quelque chose qui relève presque de la survie, et chacun y va de ses conseils et de ses peurs. On me « prévenait » qu’il allait rester dans mes jupes jusqu’à ses 15 ans, qu’il allait devenir dépendant, etc. Je n’avais rien contre le fait qu’il ne me lache pas (rires), mais en fait on s’est rendu compte que c’était l’inverse. Dans mes recherches j’avais lu qu’on construisait sa sécurité intérieure comme ça, et on l’a vérifié dès ses 4 ans. L’allaitement a permis aussi à Lilwenn d’accepter plus facilement l’arrivée de sa petite sœur 15 mois plus tard, parce qu’il y a avait toujours ce lien entre nous, je ne la repoussais pas pour autant.

K : en ce qui concerne le DME mes parents ont eu plus de mal là-dessus. Mais notre médecin a validé ce choix et ça nous a rassuré aussi d’avoir son aval. Et quand on les vois dès 6-7 mois manger leur bout de patate, c’est ce qui nous semble le plus naturel finalement. Dans notre cas ça a vraiment bien fonctionné. Concernant le sommeil, l’endormissement a toujours été difficile chez nous, surtout pour Lilwenn. Morgane l’accompagne dans son endormissement tous les soirs. Après la lecture d’histoires, Envael écoute ses histoires et regarde ses livres mais est autonome maintenant. Azenor a besoin en ce moment de descendre avec moi, quand elle fatigue elle me rejoint et s’endort sur le canapé à mes côtés, toute seule.

Que pouvez-vous dire de votre vie de couple aujourd’hui ?

M : mon dernier accouchement a soudé quelque chose dans notre couple. J’ai accouché à la maison, par terre, devant Kévin et avec ma sage femme derrière. Pour moi, ce moment a installé une profondeur d’intimité qu’il n’y avait pas avant. Il n’y a pas plus intime pour moi que ce moment, hors du temps. Même si on a perdu en moments intimes avec 3 enfants et nos priorités du quotidien qui ont changé, on est plus en phase qu’on ne l’a jamais été.

K : c’est sur que l’accouchement à domicile a changé des choses, il y a eu une confiance qui s’est installée entre nous 2. Les 9 ans passés ensemble ont créé cette confiance, mais là il s’est passé quelque chose de magique, de beaucoup plus profond qu’un accouchement à l’hôpital.  On discute beaucoup sur le couple, en plus avec la formation en communication non violente (CNV) de Morgane, elle m’apprend comment écouter l’autre, comprendre que les problèmes qu’on voit en l’autre viennent souvent de soi-même. On n’est pas très souvent ensemble, donc quand on se retrouve on essaye de profiter au maximum. Notre relation permet de garder ce lien malgré le fait que parfois on ne fait que se croiser. Morgane a à peine 30 ans, 3 enfants de moins de 6 ans c’est intense et c’est souvent là que les couples se déchirent, mais chez nous c’est ce 3ème enfant qui nous a soudé. Notre vie n’est pas un enfer non plus, mais 3 jeunes enfants c’est intense en émotions. On passe par tous les états dans une journée, mais ce qui est toujours présent c’est la force du couple.

Et au sein de la fratrie ?

K : Les enfants s’entendent très bien, ils sont quasi 24/24 ensemble donc ils apprennent à vivre ensemble. Ils se chamaillent bien sur pour des jouets, ne respectent pas toujours le sommeil des autres, mais sont hyper complices tous les 3. Ils jouent ensemble, se recherchent, ils aiment vivre ensemble. Ils pleurent comme tous les enfants tous les jours, et leur réaction de stress est aussi de taper, mais c’est à nous de trouver la formule pour apaiser cela. Moi j’ai  sœur qui a 2 ans d’écart avec moi donc je savais un peu comment ça pouvait se passer.

M : moi étant fille unique, je n’avais aucune notion de ce que c’était vivre ensemble avec des frères et sœurs. Il m’a fallu un peu de temps pour lâcher prise sur une vision idyllique des relations, sans jalousie, sans prise de tête, des enfants qui vivent en parfaite harmonie H24 ce n’est pas possible. Au final ce qu’ils vivent c’est formateur pour eux, ça fait partie de ce qu’ils sont et ce qu’ils seront. C’est un vrai travail de lâcher prise, de les laisser, leur laisser le droit de ne pas être d’accord et de l’exprimer, même si le mode d’expression reste à améliorer.

Quels sont vos choix concernant l’accueil et l’instruction ?

K : Envael est allé 1 jour par semaine à la crèche, et maintenant c’est Lilwenn, de manière à être un peu plus dispo pour Envael pour l’IEF. On veut faire l’IEF pour nos 3 enfants. Revenir sur ce droit de choisir l’instruction de nos enfants ce n’est pas si simple que certains le voudraient peut-être. Il n’y a pas que l’école pour se socialiser, on veut aussi qu’ils puissent prendre des cours d’arts, de sports, etc. Ils font déjà de la musique en groupe. Ils voient des enfants à la médiathèque, on est dans un quartier avec beaucoup d’enfants. Ils ne sont pas isolés.

M : le côté socialisation qui fait peur dans l’IEF, a été cassé chez moi quand j’ai lu dans un article qui disait en gros « peut-on dire que l’on est socialisé lorsqu’on est enfermé dans une pièce avec des gens de son âge uniquement, à parler quand on y est autorisé et avec des contraintes fixées par des adultes… ». Dans la vraie vie, on n’est pas cantonné à cotoyer que des gens nés la même année que nous. On se rend compte aussi que les gens qui sortent des cases sont souvent des gens plus créatifs, qui sauront rebondir en cas de problème. Et puis j’aime que, lorsque Envael arrive à la médiathèque, il salue l’animateur comme il saluera un enfant. On vit ensemble sans qu’on ai besoin de se séquestrer dans des petites cases.

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans votre parentalité ? Qu’est-ce que vous aimeriez changer si vous aviez une baguette magique ?

M : le plus difficile actuellement pour moi c’est de conjuguer mes envies professionnelles avec ma présence auprès des enfants. Etre auto-entrepreneur c’est faire un peu tous les jobs d’une entreprise mais toute seule… Je n’ai pas encore trouvé l’équilibre pro/perso. Si les journées pouvaient être plus longues ça serait bien. Et j’aimerais bien avoir une machine qui n’existe pas encore, mais qui me dirait quand l’idée est bonne, si je me plante ou pas, histoire de ne pas continuer dans un mauvais choix avant qu’il y ai des conséquences (rires).

K : pour moi le plus dur, c’est l’entretien de la maison. Ne gérer que les enfants serait plus simple s’il n’y avait pas cet aspect. Avec une baguette magique, je renflouerai mon compte en banque pour embaucher quelqu’un qui s’en occuperait, genre une Mary Poppins. On amasse une quantité de jouets, de fringues, et on peut passer énormément de temps à ranger, à faire le linge, etc.

Et le plus beau ?

M : je ne changerai pour rien au monde mes enfants. Ils sont très différents, mais je ne peux pas m’imaginer des caractères plus attendrissants et plus charmants que les leurs. Toute la joie de vivre qu’ils mettent dans leur journée ça fait relativiser pas mal de choses.

K : pour moi, les moments de complicité qu’on a tous les 5, quand on est sur le canapé dans des vrais moment de rigolade, les sorties en famille aussi.

Pour finir, pouvez-vous donner 1 à 3 mots pour qualifier vos enfants ? Et pouvez-vous les imaginer plus tard ?

M : Envael ça serait sensible.

K : j’ai le même ! c’est tout de suite ce qui m’est venu en tête !

M et K : Lilwenn on dirait volcanique et attachante. Azenor plutôt paisible et espiègle, ça lui va bien. On peut commencer à percevoir des choses pour eux ados, comme Envael toujours sensible et dynamique, sportif. Peut-être dans la musique, quelque chose d’artistique. Lilouenn gardera surement son caractère affirmée, elle sait ce qu’elle veut. Une femme indépendante mais qui a besoin de créer du lien. Pour Azenor c’est un peu difficile encore de se projeter.

Merci à vous 2 d’avoir partagé votre expérience et vos choix, c’était un plaisir pour moi de vous rencontrer ! 😊 Vous pouvez retrouver le témoignage 1 de Emilie sur cette page !

2 réflexions au sujet de “Témoignage 2 : Morgane, Kévin et leur troupe”

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