éducation, famille, projet

Chapitre 5 : parents par PMA (procréation médicalement assistée), en quoi c’est différent ?

A 5 ans, Naël avait compris que pour faire des enfants il fallait être 3 : papa, maman, et le docteur. On lui expliquera plus tard que ce n’est pas toujours le cas… Vous l’aurez compris, je vais vous parler ici d’un sujet un peu plus personnel, mais qui a fait partie intégrante de notre chemin vers la parentalité. Le service de PMA de l’hôpital fait partie de notre vie depuis maintenant plus de 6 ans. Qu’est-ce que ce parcours a changé concrètement dans notre chemin de parents ?

1 – La conception

Tout le monde a déjà entendu l’adage : « un enfant c’est 5 minutes de plaisir pour 18 ans de problèmes » ou quelque chose dans ce genre. Quand on passe par la PMA, ce n’est pas vraiment le cas, voir pas du tout ! La conception, qui devrait être la partie la plus simple, la plus agréable et la plus rapide (comparée aux 9 mois de grossesse j’entends…) prend une toute autre mesure. Quand on essaye d’avoir un enfant depuis plusieurs mois voir années, on ne fait plus l’amour on fait des bébés. On essaye des positions pendant et après l’amour, des aliments pour booster la fertilité, on évite de prendre des risques et on suit les conseils des différents médecins. Des fois on en rigole et d’autres fois beaucoup moins. Cette période pèse sur le couple, sur le moral, sur l’équilibre. On en arrive parfois à ne plus penser qu’à ça : la courbe de température est bonne, il faut y aller, et attendre. Difficile de trouver le temps et la place pour le plaisir…

2 – Le parcours des combattants

Avant d’aller consulter en PMA, il y a des examens divers et variés à différents moments du cycle, pour la femme un peu plus que pour l’homme, mais il n’y échappe pas. Il y a des essais ratés, des courbes de températures, des séances d’acupuncture, d’osteopatie, des compléments hormonaux, etc… Il y a des conseils que l’on ne veut plus entendre « n’y pense plus, ça va venir tout seul », ou « tu es trop stressée/tu bois trop de café/tu devrais arrêter de fumer/de manger gras, etc. » Même si l’intention est bonne, ceux qui ne vivent pas le même parcours ne peuvent pas comprendre qu’il est difficile voir impossible de ne plus y penser. Chaque sensation physique est interprêtée comme un symptôme possible, chaque jour de retard dans le cycle est un espoir. Et chaque cycle qui recommence est une déception : il faut tout reprendre, ça n’a encore pas marché…

Quand le parcours PMA est lancé, le temps prend une autre dimension : on compte les jours du cycle pour se piquer, pour faire les contrôles, programmer l’intervention. Il n’y a pas de place pour la surprise, le spontané ou l’innatendu. Tout est réglé à l’heure près. Nos vies sont réglées à l’heure près, on s’organise en conséquence avec le travail, les autres impératifs, les enfants déjà là. Il faut oublier la pudeur, l’intimité, car les médecins et infirmiers font partie du processus, et ils sont nombreux ! Ils deviennent nos compagnons de route, même s’il ne sont pas toujours disponibles ou compréhensifs, on dépend d’eux donc on les écoute et on les accepte dans notre cette partie de notre vie.

3 – La réflexion

Quand on ne devient pas parent au moment où on l’a décidé et de la manière dont on le souhaitait, on y réflechit forcément. Quand on commence un suivi en PMA, on se questionne aussi sur nos blocages psychologiques, notre situation de couple, ce qui pourrait nous empêcher d’être « fertile ». Veut-on vraiment de cet enfant ? Est-on prêt à se lancer dans cette procédure ? Est-ce que cela en vaut vraiment la peine ? Et si on adoptait plutôt ? Sommes nous prêts à renoncer à avoir des enfants ? Beaucoup de questions par lesquelles nous sommes passés, et auxquelles nous sommes encore confrontés. Lorsque cela fonctionne, nous ne sommes pas les mêmes parents, parce que nous réalisons l’importance et la valeur de cette grossesse. Cet enfant est précieux, il sera peut-être le seul. Tout cela nous incite à repenser le parent que nous voulions être, l’éducation que nous voulions donner, la place de nos enfants dans notre famille. Un nouvel équilibre est à trouver, encore différent de celui que l’on s’était imaginé. On devient parent avant même de vivre la grossesse, tellement on se l’imagine, même si elle est bien différente de celle que l’on vivra ensuite.

Moi je rêvais d’une famille nombreuse, et d’être une jeune maman dans la vingtaine. Patrice ayant déjà eu 3 enfant, il était moins pressé mais a accepté de sauter le pas avec moi lorsque j’avais 25 ans. Naël est née 1 mois avant mes 30 ans, à la seconde insémination. Léon est arrivé 2 ans et demi plus tard suite à la 6ème et dernière insémination. Nous étions prêts à nous lancer dans une procédure d’adoption car nous n’envisagions pas d’avoir un enfant unique. Ce 3ème enfant que l’on attendait ne vient pas comme on l’avait espéré, c’est plus dur physiquement et psychologiquement que ce qu’on pensait être capables de supporter. Suite à la 4ème tentative, on se dit que ce sera la dernière, qu’elle soit positive ou pas. Nous sommes en chemin pour accepter de ne pas avoir notre cerise sur le gâteau, et continuer de construire notre bonheur à 4. Nous profiterons de nos enfants déjà là et ferons le deuil de ce petit dernier, de cette famille nombreuse, et de cette fratrie. Chacun de nous va dire au revoir à celui que nous surnomions JO entre nous, à sa manière. Et nous poursuivrons notre vie ensemble, encore plus conscients de la chance que nous avons de nous avoir, nous, et de nous aimer.

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