alternatives, éducation, inclusion, pédagogie

Loris Malaguzzi et la pédagogie Reggio en 3 questions

C’EST À TRAVERS UN ÉCHANGE RÉCIPROQUE ACTIF QUE L’ENSEIGNEMENT ENRICHIT L’APPRENTISSAGE.

Qui est à l’origine de la pédagogie Reggio ?

C’est un courant éducatif d’après-guerre qui est né d’une volonté de mettre la démocratie au coeur des préoccupations. C’est dans le village de Villa Cella, dépendant de la commune de Reggio Emilia située au nord de l’Italie, que ce courant a pris forme. Ce sont les habitants de cette commune qui ont créé leur école autogérée pour accueillir les enfants de 3 à 6 ans, où culture, démocratie et liberté sont les guides. Ce modèle d’école faisant des émules, le conseil municipal de Reggio fait appel à Loris Malaguzzi pour s’occuper du « projet éducatif Reggio » et développer des projets similaires.

Loris Malaguzzi était déjà convaincu qu’il fallait « construire des écoles adaptées aux enfants plutôt que de perpétuer un système éducatif d’un autre temps ». Instituteur et psychologue, il croit aux potentialités des Hommes (adultes et enfants) et à l’importance de les développer ensemble. Il élabore le concept des « cent langages » pour parler de la diversité des moyens d’expression qu’a un enfant pour communiquer : art, parole, jeu, chant, etc. (The Hundred Languages of Children)

Quels sont ses grands principes ?

Suite au traumatisme de la guerre, les habitants de Reggio Emilia reflechissent ensemble à un nouveau modèle d’éducation comme arme contre l’ignorance et l’autoritarisme. Loris Malaguzzi et ses collaborateurs (Vea VECCHI, Carla RINALDI ou Gianni RODARI) participent à cette oeuvre de reconstruction collective dont les valeurs qui rassemblent sont le respect de l’autre et de ses différences, l’écoute, l’entraide, la solidarité, le partage… Toutes les opinions et les voix comptent, autant celles des enfants que des adultes, parents ou enseignants. C’est une pédagogie très riche qui valorise chaque individu sans hiérarchie. L’idée principale est de laisser les enfants étancher leur soif d’apprendre par eux-même en les laissant utiliser tout leur potentiel. Cette idée principale se décline à travers plusieurs principes :

  1. La coopération dans la démocratie : la dialogue est toujours ouvert, la parole est libre et entendue. L’écoute de soi-même et des autres, le débat d’opinions et le partage d’idées sont fondamentales. La mise en commun des points de vue, des potentiels ou des projets démontrent qu’il est plus riche de vivre, travailler et réfléchir ensemble.
  2. L’expression multiple : Loris Malaguzzi développe un théorie qui défend la multiplicité des moyens d’expression des enfants. Il met en avant la créativité et l’imagination des enfants lorsqu’ils sont laissés libres de s’exprimer, d’expérimenter, de manipuler. Les différents langages (artistique, scientifique, symbolique, corporel…) se combinent entre eux pour s’enrichir mutuellement.
  3. L’école est le professeur : ce n’est pas la personne qui enseigne, mais le lieu qui est propice à l’apprentissage. L’école est conçue comme un lieu chaleureux, vivant et adapté aux besoins des enfants. C’est un lieu ouvert vers l’extérieur, qui invite à la découverte, l’expérimentation et la création.
  4. L’enfant maître de son apprentissage : considérés comme des êtres doués, curieux, pleins de potentialités, les enfants sont en mesure de construire leurs savoirs. Ils expérimentent, testent, essayent, et le fait de ne pas savoir les poussent à chercher. L’adulte est là pour proposer des ressources, valoriser le travail de l’enfant, le soutenir dans ses recherches.
  5. Le projet comme support : les projets se choisissent collectivement selon les intérêts des enfants, leurs questionnements, les possibilités d’investigation. Les enfants peuvent ensuite avancer dans toutes les directions, soutenus par la documentation apportée par l’éducateur, des sorties, des maquettes, des discussions…

Comment mettre cela en pratique ?

Une école Reggio fonctionne selon certaines règles dont on peut s’inspirer en collectivité :

  1. Une classe est composée de 25 enfants pour 2 enseignants qui les suivent pendant 3 ans. Le duo d’enseignants travaillent comme des chercheurs qui sont là pour observer les besoins des enfants et les inciter à développer leurs connaissances.
  2. En plus, un artiste-éducateur coordonne la partie artistique de l’école et mets les moyens d’expression à disposition des enfants. Un spécialiste en pédagogie assure la coordination et assure la bonne application des principes Reggio.
  3. Une place centrale fait office de lieu de rencontre, de jeux, d’échange.
  4. Les salles de classe disposent toutes d’un mini-atelier pour les projets en cours. Pour compléter, les enfants peuvent utiliser un atelier d’expression, une salle de musique, un laboratoire, une bibliothèque et une salle d’archive.
  5. L’éducateur Reggio n’impose pas de consignes ni de temps, il est là pour accompagner les enfants à se poser des questions, tout en les laissant libres de leurs mouvements.

Difficile de faire une école Reggio à la maison, mais certaines activités peuvent s’enrichir de ces notions :

  1. Démontage (et remontage) : laisser votre enfant démonter un réveil, une machine qui ne vous sert plus, un appareil qui ne fonctionne plus, afin qu’il puisse comprendre, expérimenter, découvrir de quoi il est composé, trouver les bons outils, chercher l’utilité des pièces…
  2. Chasse aux formes : sous forme de jeux sur plusieurs jours ou même semaines, « chasser » par exemple les ronds, dans la nature, sur les bâtiments, dans les aliments, etc… les prendre en photo ou les dessiner dans un cahier pour apprendre à reconnaitre les formes et les classifier, les séparer par couleurs, par lieux ou origine.
  3. Le cahier d’imagination : noter dans ce cahier les histoires issues des hypothèses de votre imagination ou celle de vos enfants : qu’arriverait-il si la chaise se mettait à danser ? Que se passerait-il si l’oiseau se mettait à parler ?
  4. La table lumineuse : en fabriquer une avec une boite en plastique tapissée à l’intérieur de papier aluminium et sous le couvercle de papier calque, avec à l’intérieur une guirlande à leds. L’enfant peut ensuite poser des objets dessus, transparents, opaques, avec des trous, des feuilles d’arbres, etc.

Pour pousser vos connaissances sur ce courant, si vous lisez l’anglais ou l’italien, vous trouverez des informations sur Reggio Children. Sinon, vous pouvez aller lire les articles rédigés sur Les pros de la petite enfance qui sont intéressants et développent plusieurs points abordés ici. Et bien sûr, encore une fois Le Grand livre des pédagogies alternatives qui proposent de nombreuses activités. Il m’a servi également pour l’article sur Emmi PIKLER et Célestin FREINET.

La semaine prochaine, je vous parlerais d’un philosophe-pédagogue français moins connu, mais qui a développé une pédagogie grâce à son handicap.

3 réflexions au sujet de “Loris Malaguzzi et la pédagogie Reggio en 3 questions”

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