éducation, famille, inclusion, société, temoignage

Témoignage 3 : Anne-Sophie et Dominique : quand 1+1=5

Parce que chaque famille est différente, parce que chaque parent est particulier, parce que chaque enfant est exceptionnel. Parce que tous les choix et les modes de vie sont possibles, je vous partage ceux des autres à travers des témoignages.

Je vois Anne-Sophie et ses 3 enfants presque tous les jours à l’école, Dominique un peu moins souvent, mais nous sommes devenus proches au fil des mois, nous sommes même devenus amis. Ils on accepté de se prêter au jeu de l’interview avec moi pour partager leur expérience de parents, et soutenir notre projet encore une fois. J’ai juste envie de vous dire : On vous aime 😘!

Je vous laisse vous présenter à ceux qui ne vous connaissent pas !

D : Je m’appelle Dominique, j’ai 40 ans et je viens des Ardennes. Je suis venu à Rennes pour le travail en 2002. J’ai été géomètre pendant 13 ans, et je suis maintenant ambulancier. Je travaille à temps complet, donc avec des horaires assez aléatoires, depuis 3 ans.

AS : moi je suis Anne-Sophie, j’ai 33 ans depuis quelques jours ! Je suis arrivée à Rennes il y a 15 ans pour des études d’histoires. Finalement j’ai été aide-soignante plusieurs années en EHPAD, maintenant en congé parental jusqu’en novembre. Je me reconvertie actuellement pour devenir assistante maternelle.

On habite un appartement du parc social dans un quartier verdoyant, entouré de parcs et de services (métro, bibliothèque…). On a 3 enfants : Malo né en février 2014, Léïa en septembre 2015 et Lou en novembre 2016.

Comment imaginiez-vous votre vie d’adulte avant de vous rencontrer ?

AS : je me voyais maman très jeune, je pensais que j’aurais 4 ou 5 enfants avant mes 30 ans. Je m’imaginais le stéréotype assez classique de la maison à la campagne avec les enfants, le chien, un travail (je m’orientais pour être prof) que je pensais faire toute ma vie.

D : j’imaginais avoir de l’argent (rires). J’ai fait mes études pour être géomètre donc je pensais travailler dehors à des horaires de bureau.  Côté famille, je suis un petit peu fleur bleue, je voulais une femme, des enfants, au moins 2 ou 3.

Quels parents vouliez-vous être, avant de le devenir ?

AS : je m’imaginais être une maman hyper épanouie et patiente, avec des enfants super sages, pas sonores du tout… J’imaginais le côté méga fun d’être maman de 3 enfants en bas âges, mais pas du tout ce que c’est réellement que d’être parent, se poser des questions tout le temps, se remettre en question tous les jours. Je ne voyais pas non plus le côté hyper enrichissant à travers les rencontres, les lectures, les questionnements. J’en avais une image un peu naïve je crois, comme de la vie d’adulte d’ailleurs.

D : moi je savais surtout que je ne voulais pas être comme mon père : il faisait des amplitudes horaires de malade et quand il rentrait c’était pour crier. Moi je veux être plus présent, passer plus de temps avec mes enfants, à la maison, même si mon boulot d’ambulancier ne me le permet pas toujours. Je voulais être plus cool que lui, mais je n’y arrive pas tout le temps. Je n’ai pas appris à communiquer, la communication dans ma famille c’est compliqué, je pars de très loin. Avec mon père j’ai commencé à discuter à partir du moment où je suis parti de la maison, après 25 ans, et encore ce n’était pas des grandes discussions… J’apprends tous les jours à être un autre papa que celui que j’ai eu, dans un mode de fonctionnement totalement différent.

Et maintenant, quels parents êtes-vous ?

AS : je pense qu’on est en pleine évolution. Ce qui nous guide au quotidien c’est bien sur de tout faire pour les rendre heureux, mais on s’enrichit tous les jours. On est loin du parent idéal qu’on voulait être, on se remet aussi en question et on rebidouille un système d’éducation en essayant de rester le plus bienveillant possible, de construire leur bonheur. Notre but c’est qu’ils soient des enfants épanouis, mais surtout qu’ils deviennent des adultes épanouis, stables et autonomes.

D : notre point de départ commun c’est d’essayer au maximum d’être à l’écoute de l’enfant. Même si avec la tête dans le guidon parfois on est emporté pas le rythme et on ne prend plus assez le temps d’écouter…

AS : c’est vrai qu’on n’avait pas pensé ou imaginé pouvoir être parents d’enfants aussi différents, et que ça pouvait être aussi galère, notamment d’être confronté à la situation de Léïa. Elle a des particularités qui nécessitent des suivis de kiné, orthophoniste, pédiatre, orl, etc. Elle est souvent malade voir hospitalisée, ce qui a surement beaucoup influencé notre image d’une petite fille fragile. Je n’avais jamais envisagé d’être une maman d’un enfant un peu différent. On n’a pas les outils, on ne sait pas pourquoi elle a ces difficultés ou ces angoisses, et pourtant parfois cela ne me parait pas totalement hors norme à son âge. Est-ce que c’est notre style de vie, nos choix qui lui causent ces difficultés ? On ne sait pas.

D : Et tout traîne : les examens, les suivis, on attend, on n’a pas de réponse, ils ne sont pas d’accord… Et ça n’avance pas. On ne sait pas sur quel pied danser, on est dans le flou total et du coup on ne sait pas toujours comment agir avec elle.

AS : on aimerait bien avoir quelques informations pour nous aider à avancer, à intégrer ses difficultés à la vie de famille. Parce que les 2 autres voient bien qu’on passe beaucoup de temps à accompagner Léïa à ses rdv, qu’elle rate des journées d’école pour aller à ses suivis, qu’elle dort avec nous toutes les nuits. Pourquoi pas eux ? On est toujours dans le doute, certains disent « oui, Leïa elle a quelque chose » et d’autres « mais non, il n’y a rien du tout », donc finalement on ne sait rien. On fait une demande d’AVS (auxiliaire de vie scolaire) mais est-ce que c’est utile ? Est-ce qu’elle a juste besoin de temps ou est-ce que ça va vraiment lui servir ?

Que pouvez-vous dire de votre vie de couple aujourd’hui ?

AS et D : Une vie de quoi ?? 😵

D : c’est une longue traversée du désert (rires)…

AS : on rigole, mais notre vie de couple actuellement n’existe pas vraiment. Déjà nous on ne s’autorise pas à les faire garder pour sortir, donc 3 enfants en 3 ans, avec des métiers accaparants et des nuits blanches, ça ne favorise pas la vie de couple… Et puis quand on est ensemble, on fait des choses tous les 5, on profite d’être ensemble. On ne peut pas dire qu’on a des moments juste à 2, sauf quand les enfants sont à l’école et que Lou était chez sa nounou, mais ça reste rare. On ne peut pas parler d’une vie de couple épanouissante comme quand on était seuls : on est un couple avec 3 enfants en bas âge, on a donc la vie d’un couple qui a encore un enfant dans sa chambre toutes les nuits.  Mais on construit quand même des projets de couple parce qu’on va se marier en septembre ! Notre vie de couple évolue, nous ne sommes pas dans le même état d’esprit que lorsque nous nous sommes rencontrés. On essaye de se trouver des petits moments, des petites attentions, ce sont d’autres preuves d’amour en fonction des possibilités qui s’offrent à nous.

Et au sein de la fratrie ?

AS : j’ai envie de dire c’est comme chien et chat, ils s’aiment et se disputent. C’est plus difficile pour celle du milieu comme souvent. Notre petite Léïa a plus de mal à se positionner, c’est plus celle qui revient en pleurant au bout de quelques minutes de jeux. Ils se chamaillent, se tapent parfois, mais quand je n’en ai qu’un avec moi il cherche les autres. S’il en manque un, les autres le cherchent. Ils sont pleins d’amour en fait, ils sont rapprochés donc globalement ça se passe bien quand on coupe le son. Il y a des interactions, beaucoup d’empathie, et forcément des cris.

D : les filles sont moins « chipies » entre elles, on a passé la période des morsures et ça c’est bien ! C’est vrai que Léïa doit se faire sa place entre les 2 tornades, ce n’est pas toujours facile, elle crie beaucoup pour ça et ça marche souvent ! Elle commence à se défendre, physiquement elle est plus tonique et arrive à se faire sa place. Il y a un peu de jalousie certainement, de l’incompréhension aussi par rapport à Léïa : Malo nous a demandé l’autre fois d’aller voir le docteur lui aussi pour pouvoir dormir avec nous. On devrait peut-être mettre plusieurs matelas dans le salon et dormir tous ensemble, mais du coup on en revient au problème de la vie de couple… Malgré tout l’idée d’un 4ème m’a effleuré l’esprit plusieurs fois !

AS : moi pour l’instant je me sens trop fatiguée, il manque la présence de Dom, avec les difficultés de Léïa en plus je ne me sentirais pas prête aujourd’hui, même si on a toujours été d’accord avec l’idée d’une famille nombreuse. Je n’ai pas encore fait mon deuil d’un 4ème, voir 5ème, mais pas aujourd’hui, ce n’est pas encore le moment. C’est vrai que j’aimerais bien voir quelle maman je serais aujourd’hui, après avoir essayé pleins de choses sur les 3 premiers, tout ce que j’ai appris d’eux je pourrais le mettre au profit des autres. C’est ce que j’espère faire en tant qu’assmat, avec les enfants mais aussi avec les parents qui viendront, si notre expérience peut leur servir j’en serais ravie !

Quels sont vos choix concernant l’accueil dans la petite enfance ?

AS : Lou qui aura 3 ans en novembre était chez l’assistante maternelle jusqu’à fin mars de cette année, la même que son frère et sa sœur.

D : la même nounou c’est chouette parce qu’elle les connait bien, elle les a tous accueilli et elle nous a bien guidé pour pleins d’étapes de la vie de nos enfants, à rectifier le tir parfois quand on était en galère. C’était une nounou qui était à l’écoute, des enfants et de nous. Elle les a accueillis comme si c’était ses enfants, dans la continuité de la maison. Elle était très proche des enfants, les a stimulé dans les apprentissages, préparé pour l’école.

AS : Et on a toujours travaillé avec les mêmes valeurs, que ce soit la bienveillance, la motricité libre. Elle s’est beaucoup adaptée aux personnalités de chacun aussi, notamment avec Léïa. On a vraiment été en cohérence totale, elle n’engageait pas un changement chez elle si nous n’étions pas en accord, tout s’est fait en lien et en cohésion du début à la fin. Ces premières années se sont passées sereinement, en toute confiance.

Et puis un jour je me suis levée et je me suis dit que c’était compliqué, notre vie avec nos horaires atypiques, à galérer pour trouver des modes de garde, des baby-sitters, parce qu’on a toujours essayé de préserver leur rythme en faisant venir des gardes à domicile. On avait vraiment l’impression de passer à côté de quelque chose, en plus on dépensait énormément d’argent. Je me suis réveillée un matin en me disant STOP, j’arrête ce boulot, je prends un congé parental, je profite de mes enfants et puis on verra pour la suite. Résultat Lou est à la maison avec moi la journée.

Et pour l’école ?

D : On a choisi Diwan entre autre parce que ce sont eux les vrais bretons, ils sont notre continuité, nous les non bretons qui sommes venus habiter ici par choix. Eux ils sont nés ici, c’est une culture qui leur appartient plus qu’à nous. Il y a une histoire, un caractère à transmettre.

C’est aussi pour l’apprentissage d’une autre langue. Nous on est mauvais en langue, clairement, si eux ça peut leur ouvrir des portes, leur donner des facilités et leur permettre d’avoir plus de choix dans leur avenir, nous c’est ce qu’on veut pour eux. Moi j’en suis à mon deuxième métier à 40 ans, AS aussi à 33 ans. Eux on leur demande de choisir à 12 ans ce qu’ils voudront faire, il faut qu’ils sachent qu’ils ont aussi droit à l’erreur et qu’ils pourront rectifier le tir plus tard, avec toutes les cartes en main.

AS : Et puis c’est aussi une pédagogie un peu différente. Moi je rêvais d’un truc hyper classique et en fait le classique me fatigue, être toujours dans les normes m’ennuie. Diwan c’est un choix qu’on a fait pour nos enfants, pour leur avenir, pour faire peut-être la différence sans chercher à les rendre meilleur que les autres. La langue pour moi ça ne s’apprend pas dans un bouquin 2h par semaine, c’est dans l’immersion totale qu’ils la pratiquent et la comprennent le mieux. On est ravis de voir le résultat sur nos enfants dès la maternelle. Et le côté associatif, l’esprit collectif avec les parents est particulier. On a l’impression qu’on se fait confiance, qu’on se connaît déjà, il y a un état d’esprit qu’on aimerait garder jusqu’à la fin du lycée si possible, quitte à déménager pourquoi pas ! Ils passent tellement d’année à l’école qu’il faut qu’ils s’y sentent bien, et nous aussi.

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans votre parentalité ? Qu’est-ce que vous aimeriez changer si vous aviez une baguette magique ?

D : moi j’aimerais bien changer de cadre, avoir un jardin, plus de place pour ranger les affaires. Avoir plus d’espace pour les enfants, qu’ils puissent jouer à l’extérieur ils seraient super contents. Ils sont bien là, ils ont chacun leur chambre et c’est ce qu’on voulait, mais un jardin ça serait le top. Mais le plus difficile pour moi c’est de ne pas être assez présent encore aujourd’hui. C’est mieux que dans mon précédent poste d’ambulancier, mais ça grandit vite les enfants. Les enfants retiennent plus l’absence que la présence à ce qu’on dit. Anne Sophie est là heureusement, même si elle s’occupe aussi de la maison et du quotidien, elle est présente.

AS : pour moi le plus dur c’est de ne pas savoir si je fais les bons choix, si ce que je leur apporte c’est vraiment le meilleur pour eux, et qu’est-ce que ça va donner plus tard ? La question de la présence oui c’est important, d’où mon changement de métier. J’ai l’impression de tester pleins de trucs sur mes enfants, ça marche ou pas… Je suis hyper présente mais je ressens un poids qui pèse sur moi, je ne suis pas toujours aussi disponible que je le voudrais. Je n’ai pas l’impression d’être encore assez disponible. J’aimerais bien changer la notion du temps, trouver dès le début le moyen de concilier vie familiale, personnelle et professionnelle.

Et le plus beau ?

AS : je ne changerais rien à ma vie, avoir 3 enfants rapprochés c’est sportif mais c’est juste génial de voir les interactions entre eux. J’aime les moments simples ensemble, le quotidien. Les petits câlins du matin quand les enfants nous rejoignent au lit, les petits déjeuner tous ensemble, etc.

D : moi j’aime être avec ma famille dans la simplicité aussi. Les moments vrais qui sont des bons moments purs, sans être dans l’extravagance ou l’exceptionnel. Ce qui me suffit c’est d’être tous les 5, tout simplement être ensemble.

Pour finir, pouvez-vous donner 1 à 3 mots pour qualifier vos enfants ? Et pouvez-vous les imaginer plus tard ?

AS : Pour Malo je dirais sensible, il est dans l’émotif même si ça ne se voit pas parce qu’il est très énergique, hyper moteur. Pour son avenir, il s’imagine papa, il dit souvent « quand je serais papa » même s’il a bien compris que ça ne sera pas avec maman… J’espère qu’il gardera son empathie et sa douceur, quel que soit ses choix de vie. Quand on leur parle de couple on parle de 2 hommes ou 2 femmes, qu’ils puissent se sentir libre de faire ses choix.

D : je dirais même que c’est une tornade ! Il arrive un peu plus à se poser en grandissant, mais il est toujours très vif ! Qu’il soit heureux dans sa vie, c’est tout ce qu’on lui souhaite. Ce qu’on leur souhaite à tous.

AS : Leïa elle est hyper sensible, très fragile mais qui commence à s’affirmer. Elle a du caractère mais elle sait le cacher. Elle ne montre pas la moitié de ses capacités je pense. Elle a une sensibilité à part, je la vois bien travailler avec les animaux par exemple, où elle peut exprimer pleinement son empathie.

D : moi je rajouterai mystérieuse, parce qu’elle ne montre pas tout. Et sa situation est particulière, on ne sait pas toujours où on va et on n’a pas tous les outils pour décoder. C’est une petite fille pleine de douceur et de sensibilité.

D : Lou elle fuse, elle réfléchit et réagit vite. Si elle rencontre un problème elle trouve sa solution, ça ne lui fait pas peur. Elle peut être très douce aussi, autant qu’elle est active.

AS : c’est la petite dernière, elle est dégourdie, elle est tirée vers le haut par les 2 grands et elle en profite à fond. C’est un beau mélange des 2 premiers : la tornade de Malo et la douceur de Léïa. Leur point commun à tous les 3, c’est qu’ils sont pleins de vie et sonores (rires). Ils sont libres quoi.

Merci à Anne-Sophie et Dominique du temps consacré et des confidences partagées. Si cela vous a plu, vous pouvez aussi retrouver les témoignages de Kévin et Morgane, ou Emilie.

1 réflexion au sujet de “Témoignage 3 : Anne-Sophie et Dominique : quand 1+1=5”

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.