éducation, famille, pédagogie, société

Qui sont les « bons » parents ?

Je pose cette question un peu par provocation, vous vous en doutez… J’aime penser que tous les parents essayent de faire au mieux pour leurs enfants, avec ce qu’ils sont et ce qu’ils découvrent. Vouloir être un « bon » parent et transmettre ce qui nous est cher, mais surtout éviter d’être un « mauvais » parent en reproduisant ce qu’on a subit ou simplement mal vécu, est un défi du quotidien. Ce défi, nous le menons tous comme nous le pouvons, en essayant de tenir face aux conseils, aux regards, voir aux jugements que nous croisons régulièrement sur notre route.

Discuter calmement lorsque l’on se sent attaqué ou jugé sur ce qui nous touche profondément est difficile. Nous pouvons avoir tendance à nous défendre, voir à être sur la défensive, et oublier les techniques de communication non violente (qui seraient pourtant adaptées dans ces cas-là) ou essayer de comprendre ce qui amène l’Autre à être blessant. Parfois ceux qui s’adressent à nous ne sont pas non plus prêts à écouter, ayant déjà une idée tranchée ou étant dans un état émotionnel particulier. Et puisque parfois j’ai ce sentiment de ne pas pouvoir être entendue, comprise ou simplement acceptée, j’avais besoin de mettre en mots les sentiments qui m’habitent…

1 – Pression sociale

Quand on devient parent, que l’on soit plutôt jeune ou que ce désir arrive sur le tard, qu’il n’y ai qu’un seul enfant ou une grande fratrie, que l’on soit un parent solo, homosexuel ou un couple « traditionnel », on a tous un peu l’impression d’être attendu au tournant… Nos enfants sont observés, leurs « écarts » par rapport aux attentes sont repérés et les responsables sont vite identifiés :

  • C’est normal, les parents travaillent beaucoup et ne sont pas très présents
  • A rester tout le temps avec eux, c’est inévitable qu’ils deviennent comme ça
  • Elle devrait être plus stricte/autoritaire/ferme, ou moins laxiste/patiente/disponible
  • Il pourrait être plus à l’écoute/attentif, ou moins dur/exigeant
  • Ils manquent de sérieux/de cadre
  • Ils ne trouvent jamais le temps de jouer avec eux/sortir en famille

Je ne vais pas m’amuser à énumérer la totalité des commentaires que nous pouvons entendre en tant que parents, que cela soit de la famille, des amis, d’inconnus, dans une intention de conseiller, aider, ou bien changer des comportements qui sont jugés inadaptés chez les parents ou les enfants.

En tant que parents, vous croiserez toujours des personnes qui estiment savoir ce qu’il faudrait faire pour que les enfants (et surtout les votres) se montrent :

  • Polis (quelque que soit la personne en face et le contexte)
  • Gentils (tout en sachant se défendre)
  • Affectueux (mais pas trop collants)
  • Intelligents (en gardant leurs réflexions pour eux)
  • Sensibles (sans exploser en émotions)
  • Discrets (mais pas effacés non plus)
  • Curieux (tout en évitant de poser trop de questions)

Et bien d’autres choses, mais l’idée globale c’est qu’ils sachent se comporter en société, s’occuper seul, trouver leur place et ne pas déranger. J’ai beau avoir une formation d’éducatrice spécialisée où j’ai acquis la théorie, être belle-mère de 3 enfants (adultes maintenant) et mère de mes 2 petits, je n’ai toujours pas LA formule pour faire rentrer tous les enfants dans ce moule (en ai-je seulement envie..?)

2 – Théories et pratiques

Parce que en professionnelle et bonne élève que je suis, j’ai lu des bouquins, regardé des films, participé à des ateliers, des conférences ou des rencontres de parents. J’ai même animé moi-même ces temps d’accueil pour jeunes parents pendant plusieurs années. J’avoue qu’au début, n’ayant pas d’enfants moi-même et pensant savoir, je pouvais porter un jugement rapide sur la manière dont les parents auraient dû ou devraient se comporter. J’avais le tact et le professionnalisme de ne pas le laisser paraître et de ne pas en parler, mais une petite voix intérieure jugeait durement certains parents.

Pardon. Je m’en excuse vraiment car aujourd’hui je comprends.

En ayant enregistré toutes ces théories et ces expériences, je pourrais me demander pourquoi mes enfants ne sont pas parfaitement adaptés ? Pourquoi je n’arrive pas à en faire des enfants sages et dociles, qui ne crient pas et ne parlent que quand on leur donne la parole, qui écoutent ce qu’on leur dit et ne nous contredisent jamais ? J’ai dû rater quelque chose, dans mes études ou dans ma vie de mère…

Ou peut-être bien que j’ai compris autre chose, que j’ai évolué justement au contact de ces parents et à la lecture de ces livres. Peut-être que j’ai adapté mon comportement à ce que j’ai appris, et que j’accepte de changer de point de vue quand je vois que mes actions n’ont pas l’effet attendu. Peut-être qu’il peut être bénéfique de remettre en question ce qui est « normal » ou connu. Est-ce vraiment un risque que de faire selon son cœur ? Peut-on TROP écouter ses enfants ? Peut-on être TROP compréhensif ? TROP disponible ? Que risque-t-on vraiment : se laisser dépasser ? Qu’ils prennent le pouvoir ? Faut-il avoir peur de ses enfants et de ce dont ils sont capables si on est TROP gentil avec eux ?

Le risque ne serait-il pas plutôt pour ceux qui ne s’autorisent pas à se remettre en question ? Ont-ils peur de ne pas réussir à comprendre et à s’adapter à ces adultes de demain ?

C’est en lisant Isabelle FILLIOZAT que j’ai eu le déclic et que j’ai fait les premiers liens entre la théorie et la pratique. Même si au quotidien c’est une gymnastique, c’est aussi une satisfaction de se rendre compte que cela devient des automatismes. Pas tout, ni tout le temps, mais certaines formulations pour se faire comprendre, et certains outils pour comprendre ce qui se passe chez son enfant. Ce qui m’a le plus marqué et qui a modifié mon regard sur l’enfance, c’est cette notion de POUVOIR : nous ne sommes pas ennemis, personne ne doit avoir le dessus, aucun ne doit être soumis, et la relation basée sur la peur de l’autre n’est pas constructive. En comprenant cela, la punition devient incohérente, la menace aberrante, et la violence (verbale ou physique) encore plus inacceptable. Alors comment faire pour se faire respecter ?

3 – L’éducation respectueuse

Parce que lorsque nous faisons des enfants, nous sommes bien conscients (même si nous rêvons de l’enfant idéal de manière inconsciente) que notre enfant sera unique : il aura sa propre façon de penser, d’agir, de réfléchir, d’apprendre, de ressentir. On peut voir en lui des traits qui nous rappellent notre mère, notre frère ou nous-même, mais ce sont des grains de sable dans ce qui constitue son individualité. Il va nous surprendre, et encore plus là où nous pensions le reconnaître.

Nous, nous avons eu la chance d’être particulièrement surpris dès notre premier enfant commun : rien de ce que nous pensions savoir ne marchait avec elle. Nous avions alors 2 possibilités :

  1. Continuer en force, insister pour réussir peut-être à la façonner à notre guise, la pousser à changer, pour ne pas nous laisser dépasser et lui permettre de se fondre et s’intégrer dans la société plus facilement.
  2. Essayer de la comprendre pour grandir et apprendre avec elle, changer notre façon d’agir et de réagir pour instaurer une relation de confiance mutuelle, respecter ce qu’elle est pour l’amener à se connaître et à s’adapter aux différentes situations.

Vous devinerez sans doute quelle solution nous avons choisie ? Est-ce vraiment un mauvais choix que de vouloir lui laisser le temps de son enfance pour expérimenter, apprendre et découvrir qui elle veut être, et non devenir ce que les autres attendent d’elle ?

Cela fait-il de nous de « bons » parents ? Non. Juste des parents pour elle. Et ce que nous apprenons à faire avec elle, fait de nous de meilleurs parents pour lui. C’est tout ce que nous souhaitons : être les parents de nos enfants, ceux qui sauront les écouter, les respecter, leur montrer qu’il est possible de pardonner, de comprendre, d’apprendre des autres.

Qu’il n’y a pas de honte à avoir peur, à ne pas tout savoir, à abandonner parfois, ou à faire des erreurs.

Qu’ils seront aimé comme ils sont, même s’ils sont TROP ou PAS ASSEZ aux yeux des autres, qu’ils ne prennent pas la voie la plus courante ou la plus facile, qu’ils se plantent complètement ou qu’ils persévèrent envers et contre tous.

Qu’ils n’auront jamais à faire semblant avec nous, à devenir quelqu’un d’autre pour nous plaire ou nous mentir pour nous épargner.

Alors parfois nos comportements peuvent « choquer », car TROP compréhensifs, PAS ASSEZ exigeants (ou l’inverse)… Et même si les commentaires peuvent être blessants, je préfère construire une relation avec mes enfants où ils sauront que nous les soutenons, qu’ils peuvent nous faire confiance pour être à leurs côtés, et tant pis pour les convenances… Dans 15 ans, quand mes enfants seront de jeunes adultes, je préfère qu’ils se rappellent avoir eu des parents avec qui ils ont pu être totalement eux-mêmes, qu’ils ont eu le temps de se connaître pour s’adapter au monde qui les entoure, comme à se révolter contre ce qu’ils trouvent inacceptable.

Je ne peux que souhaiter bon courage à tous les parents, pour supporter tout cela tout en restant vous-mêmes, pour continuer de faire selon votre cœur, même si d’autres pensent que vous vous trompez. Il y aura toujours des personnes pour vous dire comment faire ou ne pas faire, et rarement avec de mauvaises intentions, mais rester fidèle à vos valeurs et vos convictions, cela ne pourra venir que de vous-même.

Faites de votre mieux, vous serez merveilleux ! 😘

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