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Expat ou pas ?

Je vous le disais précédemment : nous ne sommes pas partis au Congo pour devenir riche, profiter de notre position pour exploiter les gens sur place, ou vivre dans le luxe que nous n’avons pas en France. Mais en tant que blancs, il y a des réalités auxquelles on ne peut pas échapper…

1 – Niveaux de vie

En ce qui nous concerne, en France nous n’étions pas riches, nous étions plutôt dans la moyenne basse en termes de revenus et niveau de vie. C’était notre choix de travailler moins pour vivre plus ensemble, même si cela ne nous donnait pas accès à tous les loisirs et les sorties qui nous faisaient envie. On a toujours préféré vivre simplement et apprendre à utiliser des alternatives saines pour nos enfants et nous-mêmes. On s’est loupé sur certains aspects, mais globalement on est assez fiers de ce qu’on a appris grâce à cette simplicité.

Venir vivre au Congo n’avait pas un but d’enrichissement financier mais bien humain et social. On est parti et on a choisi le Congo par envie et par choix (la question nous est souvent posée, beaucoup d’étrangers arrivant par leur entreprise en tant que salarié expatrié). Cela surprend en général, le fait que nous arrivions « sans y être invité » et sans emploi assuré. Nous savions pas nos relations que nos maigres économies nous permettraient de subvenir à nos besoins les premiers mois, en attendant de trouver des emplois. Cette assurance nous a suffit pour nous lancer et tenter notre chance sur place.

On parle d’inégalités en France et il y en a. Mais ici les inégalités prennent une toute autre mesure : un grand nombre de congolais vivent avec moins de 100 000Fcfa (150€) par mois, dans des cases sans eau courante ni électricité. Une autre partie de congolais, comme d’expatriés de toutes origines, vivent dans le confort sans que ce soit non plus le luxe, avec des revenus entre 500 000 et 1 500 000Fcfa (900€ à 2200€). L’écart est déjà énorme, mais il y a encore une autre classe, avec des revenus que je ne pourrais pas chiffrer ou de nombreuses propriétés. Il n’y a pas vraiment de classe moyenne, ici on a les moyens de vivre décemment ou on survit comme on peut avec ce qu’on a…

2 – Entre valeurs et réalité

En France, on avait choisi, par convictions et par respect pour des valeurs plus humaines qu’économiques, de rester dans la moyenne basse, sans que cela nous retire le minimum de confort nécessaire à notre santé et celle de nos enfants. Ici, on ne peut pas choisir volontairement de faire partie de ceux qui vivent le plus simplement. D’abord parce que nous sommes des blancs et quoi que nous gagnons, nous serons toujours plus riches, nos salaires seront plus élevés, et personne ici n’imaginerait que nous puissions travailler en tant que ménagère ou gardien (les métiers les plus répandus). De plus, même si nous ne venons pas pour vivre richement, il n’y a pas de raisons logiques de s’imposer volontairement des conditions de vies difficiles, où le corps et l’esprit sont mis à rude épreuve, surtout avec des enfants. On ne vient pas en vacances pendant 1 mois pour découvrir l’exotisme d’un pays lointain, où on peut se permettre de mal dormir, peu manger, partir à l’aventure en sachant qu’on rentrera dans notre pays dans quelques jours. Non, on vient pour vivre, travailler, aller à l’école, et on essaye d’éviter les maladies locales le plus longtemps possible (les consultations et les soins ici coûtent très cher). Et partir avec des enfants nous oblige aussi à veiller à un certain « confort », qu’ils trouvent leur bonheur aussi ici, qu’ils mangent tous les jours et puissent apprendre de leurs rencontres. En aucun cas nous ne voulons qu’ils soient préoccupés par leur sécurité, la faim ou n’importe quel besoin primaire.

Alors on fait partie des gens aisés, même si bien sûr il y a plus aisé que nous, il y a surtout plus pauvre. En tant que blancs, on se doit d’avoir du personnel local, parce qu’on a les moyens de les payer et que ça leur donne un revenu. En vivant sur place, on se rend compte aussi que le ménage quotidien est indispensable pour éviter les bêtes. Sincèrement en France on n’était pas des fanas de ménage, mais on n’avait pas non plus de cafards ou de fourmis… On avait un tancarville pour étendre le linge dehors, mais pas de mouches pondeuses (celles qui pondent sur les linges mouillés pour éclore sous la peau ensuite 😱). On pouvait mettre les enfants à la garderie jusqu’à ce que notre journée de travail soit finie, et on était aux 35h. Ici, l’école se termine maxi à 16h30, mais le travail peut traîner jusqu’à 19h. Les ménagères et nounous sont indispensables, et elles sont d’une utilité indéniable. Tout comme les chauffeurs de taxi quand on n’a pas de voiture !

3 – Comment on fait alors ?

Nous ne sommes clairement pas habitué à ça, cette position de « patrons » ne nous met pas très à l’aise. On se cache peut-être derrière ce qu’on peut leur apporter, ne serait-ce qu’un revenu fixe, mais on s’y plie. On a une petite maison, pas de voiture, et 2 enfants. On a Raïssa qui vient chez nous pour faire le ménage et s’occuper des enfants en attendant notre retour. Elle est encore un peu timide avec nous, mais elle est ponctuelle, agréable, à l’écoute et efficace. On va bientôt pouvoir lui proposer un salaire qui lui permet de se payer un petit logement et l’école pour ses enfants, dès que Patrice travaillera. Pour l’instant elle vit chez sa mère avec ses enfants, et ses frères et sœurs qui n’ont pas de travail. On ne va pas la sauver et faire d’elle une femme riche, mais peut-être que grâce à cet emploi elle pourra prendre son indépendance. C’est tout ce qu’on lui souhaite.

Comme nous n’avons pas de voiture, nous prenons le taxi tous les jours. Il y en a toujours ici, on arrive à peine en bord de route qu’on se fait klaxonner par ceux qui passent pour prendre la course. Mais on ne sait jamais sur qui on va tomber… Ils ont toujours été sympas, même s’ils n’étaient pas tous causants, mais leur conduite ou l’état de leur véhicule ne nous rassurait pas à chaque fois 😆… On a eu la chance de tomber assez rapidement sur Benazou, un jeune homme avec un taxi qui n’est pas dans les meilleurs, mais qui conduit prudemment et qui prend soin des enfants. Il est plutôt à l’heure (la ponctualité est relative ici 😜) et on sait que s’il s’engage à prendre les enfants à l’école il fera toujours en sorte de nous les ramener (une fois où son véhicule était en panne, il a lui-même payé un taxi pour les ramener à la maison !). On lui fait confiance, il est gentil et les enfants l’aiment bien. On espère aussi pouvoir lui proposer un abonnement dès que Patrice travaillera, pour qu’il ait un revenu fixe en fin de mois. Ce que nous lui paierons ne sera pas suffisant pour payer la location de son taxi, l’essence, et sa vie à côté, mais il pourra compléter avec d’autres courses et il aura quand même un revenu garanti. C’est mieux que rien…

4- Pour nous

Techniquement, on ne rentre pas dans la définition d' »expatriés » utilisée le plus fréquemment, car nous ne sommes pas arrivés pour le compte d’une entreprise française. On n’a pas les avantages des contrats de travail expatriés (billets d’avion, assurance santé, salaire avec prime pour travail à l’étranger, etc.). Mais le sens premier d’expatrié (que j’étudie, entre autres, en 5ème puisqu’on aborde le thème du voyage dans le programme 😏), c’est : « Qui a quitté sa patrie volontairement ou qui en a été chassé« . Nous sommes donc concernés et pouvons rentrer dans une case (une fois n’est pas coutume hein 😝). Est-ce que cela devrait changer notre positionnement ?

Le plus difficile pour nous est de savoir comment se placer avec les employés : être suffisamment généreux et respectueux pour que les personnes soient satisfaites de travailler pour nous, mais rester quand même dans une certaine norme pour ne pas être considérés plus riches que nous ne sommes… Sur le respect des personnes, la façon de leur parler et de les écouter, nous continuons à faire selon nos valeurs, même si beaucoup nous ont dit de nous méfier pour ne pas « se faire avoir ». On ne sait pas si on se fera avoir, et si c’est le cas tant pis, nous n’avons pas envie de faire autrement et je ne sais même pas si nous en sommes capables… Pour nous ça reste un échange où tout le monde doit y gagner, humainement et financièrement. Si on apprécie d’avoir une maison propre, des enfants heureux et en sécurité, quelqu’un qui prend soin de notre famille par sa gentillesse et sa disponibilité, on ne peut que le remercier et lui rendre la pareille dans notre comportement et la considération de son travail.

Et si un jour on en a marre parce qu’on n’arrive pas à établir des relations humaines, ou que notre façon d’être ne suffit pas à trouver notre place dans l’environnement où on vit, on changera d’environnement mais on ne changera pas d’humanité. Peut-être que certains diront que nous sommes naïfs, idéalistes, ou même inconscients ? Peu importe, si on commence à voir le verre à moitié vide, on changera pour un plus petit verre 😜!

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